Le budget prévisionnel est l’un des premiers éléments qu’un financeur examine dans un dossier. Il lui permet d’évaluer si l’association maîtrise les coûts de son projet et les ressources nécessaires à sa réalisation. Un budget approximatif peut faire douter de l’ensemble du dossier, même lorsque le projet est solide. Le budget prévisionnel va donc bien au-delà d’une simple formalité administrative.
Voici comment le construire, étape par étape.
D’abord, choisir le bon budget à présenter
Le budget à présenter dépend de ce que vous demandez. Pour une subvention de fonctionnement, qui soutient l’activité globale de la structure, c’est le budget de l’association tout entière. Pour une subvention de projet, qui finance une action précise, c’est le budget de cette seule action : ses charges, ses produits, et rien d’autre. Le dossier officiel de demande de subvention (Cerfa 12156*06) prévoit ces deux cas.
La suite de cet article porte sur le budget de l’action, le plus exigeant à construire et le plus fréquent dans un appel à projets (AAP).
La première erreur consiste à y présenter le budget global de l’association : le projet se noie alors dans des chiffres qui ne le concernent pas, et le financeur ne voit plus à quoi son soutien servira exactement.
Lister toutes les charges de l’action, directes et indirectes
Une fois le périmètre fixé, on chiffre ce que l’action coûte. Les charges se répartissent en deux familles, et c’est la seconde qu’on oublie le plus souvent.
Les charges directes sont propres à l’action : le personnel qui y est affecté, les intervenants et prestataires, les achats et le matériel, les déplacements, la communication, la location de salle, etc. Les charges indirectes sont les frais de structure que l’action mobilise sans en être l’unique cause : une part du loyer, de la comptabilité, de la coordination. On les rattache à l’action par une clé de répartition (le temps passé, la surface occupée, le nombre de bénéficiaires).
Le dossier de subvention demande d’ailleurs cette règle de répartition. Beaucoup de financeurs plafonnent la part de frais de structure qu’ils acceptent. Il faut donc toujours bien vérifier cette part avant de créer son budget.
Reste à chiffrer le coût réel, et c’est là que se joue la crédibilité d’un budget. Un poste salarié se budgète à son coût employeur (le salaire brut augmenté des cotisations patronales), jamais au net. Le même réflexe vaut pour les à-côtés qu’on oublie volontiers : charges sociales, assurances, défraiements, affranchissement. Et pour les achats et les prestations (matériel, intervenants, location de salle, impression de supports), des devis obtenus en amont permettent de construire un budget plus fiable.
Vérifier que ces dépenses sont éligibles pour le financeur visé
Un budget juste n’est pas forcément un budget recevable. Chaque financeur définit ce qu’il accepte de payer et ce qu’il exclut : certains financent le fonctionnement (salaires, loyer, activités courantes), d’autres seulement l’investissement (achat d’équipements, travaux d’aménagement, rénovation d’un local), beaucoup ne financent pas une dépense engagée avant le dépôt du dossier. Enfin, d’autres écartent certains postes ou plafonnent les frais de structure.
Les dépenses non éligibles restent à la charge de l’association. Ce point doit être vérifié avant de déposer le dossier.
Voir l’article « Comment savoir si un financeur correspond à votre projet ? »
Boucler le plan de financement et respecter les règles de cofinancement
La colonne des produits présente les ressources qui financent le projet : subventions, cotisations, billetterie, mécénat, autofinancement… Chaque ressource doit être indiquée comme acquise, sollicitée ou à solliciter. Le financeur vérifie autant la cohérence du plan de financement que les montants annoncés.
Les règles varient selon les dispositifs. Il n’existe pas de plafond légal général pour une subvention de fonctionnement. En revanche, de nombreux financeurs fixent leurs propres limites et imposent un cofinancement. Le FDVA, par exemple, exige au moins 20 % de financements hors FDVA. Pour les subventions publiques d’investissement, de nombreux dispositifs demandent également un autofinancement minimal, souvent de 20 %, les aides publiques étant généralement plafonnées à 80 % du coût du projet. Le taux applicable dépend du dispositif (FDVA, DETR, DSIL, aides régionales) et doit être vérifié dans son règlement.
Deux erreurs reviennent souvent.
La première consiste à surestimer certaines recettes, comme la billetterie ou les cotisations, pour équilibrer le budget. Si ces recettes ne sont finalement pas perçues, l’écart devra être justifié.
La seconde concerne l’excédent. Un budget prévisionnel peut prévoir un excédent raisonnable, comme le permet le dossier officiel. En revanche, pour les financements publics, le total des subventions ne peut pas dépasser le coût de l’action augmenté de cet excédent raisonnable. Au-delà, la surcompensation est interdite et les sommes perçues en trop doivent être remboursées.
Valoriser le bénévolat et les contributions en nature
Beaucoup d’actions reposent largement sur des bénévoles, et le budget les ignore souvent.
Le bénévolat peut être valorisé. Depuis le règlement ANC n° 2018-06, les contributions volontaires en nature (bénévolat, mises à disposition, dons en nature) sont présentées séparément des dépenses et des recettes du projet. Elles n’ont pas d’effet sur le résultat comptable. La valorisation repose généralement sur le coût horaire du SMIC brut ou sur un coût de remplacement, à condition que les heures déclarées soient réelles et justifiables.
Comment le financeur lit ce budget
Un budget cohérent est un budget dont chaque montant peut être justifié. À la lecture du budget, le financeur vérifie rapidement l’équilibre du projet, le réalisme des montants, la cohérence avec le dossier, les dépenses éligibles et la solidité du plan de financement.
Il s’assure également que les recettes sont réalistes, que les frais de structure restent justifiés et que le financement demandé n’est pas la seule ressource du projet.
Identifier les financeurs visés et leurs règles est l’étape qui précède le budget : c’est elle que Ouisub couvre, en faisant remonter les financeurs auxquels une association est éligible, y compris ceux qu’elle ne connaissait pas. La construction du budget, elle, reste le travail de l’association.
Trouver les financeurs adaptés à mon projet →En résumé
Un budget prévisionnel ne consiste pas seulement à équilibrer des chiffres. Il doit montrer comment le projet sera financé, avec des dépenses justifiées, des ressources réalistes, des règles de financement respectées et le bénévolat valorisé à sa place comptable. C’est sur cette cohérence que le financeur évalue la crédibilité du dossier.
FAQ
Faut-il fournir le budget de l’association ou celui du projet ?
Cela dépend de la subvention demandée. Pour une subvention de fonctionnement, le budget global de l’association. Pour une subvention de projet, le budget de l’action seule. Certains financeurs demandent les deux, pour situer le projet dans la structure.
Comment chiffrer le coût d’un salarié dans un budget ?
À son coût employeur (salaire brut plus cotisations patronales), jamais au net. Pour un temps plein au SMIC, le brut est de 1 867,02 € par mois depuis le 1er juin 2026 ; le coût employeur est supérieur, même si la réduction générale l’allège près du SMIC.
Une subvention peut-elle financer la totalité d’un projet ?
Rarement. Aucun plafond légal général n’existe pour le fonctionnement, mais de nombreux financeurs exigent un cofinancement. Pour les financements publics, le total des subventions ne peut dépasser le coût de l’action augmenté d’un excédent raisonnable.
Ouisub est un outil d’aide à la recherche de financements et à la rédaction de dossiers de candidature. Il ne garantit pas l’obtention de financements. Les résultats dépendent de la qualité du projet, des critères du financeur et de la candidature déposée.